” The Hare’s Mask ” [ le masque du lièvre ]

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Une gravure sur linoleum, commande de Harper’s magazine – New York – parution en Janvier 2011.

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The Hare's Mask - gravure sur linoleum
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Une  illustration d’ un texte de Mark Slouka

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Passage traduit de l’anglais:
«… Mon père devait se rendre le soir au clapier afin de s’occuper des lapins et, le vendredi soir,  en tuer un pour le dîner. C ‘etait une corvée assez courante en ces temps là, mais il détestait le faire. Il s’attachait a eux, leur donnait des noms, agonisait sans fin. Souvent, il pleurait, tirant sur leurs oreilles, incapable d’en choisir un ou, ayant choisi, de le frapper avec le bâton. Parfois, il vomisait. La moitié du temps il ferait un gâchis de toute façon, les frappant trop bas ou trop haut si bien qu’ils se débattaient en donnant des coup de pattes à tel point qu’il devait les déposer sur le sol et refaire à nouveau. Pourtant, c’etait la tache des garçons, qu’il le veuille ou non, c’est dire qu’il faisait ce qu’on attendait de lui. “

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Photographies d’executions : taille et impression
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The Hare's Mask taille du linoleum
The Hare's Mask - tirage a l'aide de la presse

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Deux gravures complementaires [ non publiées ]

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hare's mask 2 - gravure sur linoleum

“…  la norme exige son dû. Ainsi il s’en allait, après l’inévitable scène, les chuchotements, les larmes, traînant dans le chemin terreux sous le verger, émergents dix minutes plus tard tenant le lapin dans ses bras au lieu de par les pieds, inconsolable, pleurant, apprenant la haine de soi… mais invisible. Les voisins etaient habitués à ses droleries. “


hare's mask 3 -gravure sur linoleum

“… La famille de mon père cachait un homme dans le clapier. Mon grand-père, qui avait combattu dans la légion en Italie en 1917, avait construit un faux mur en arrière , créant un espace de deux mètres de long par un demi-mètre de large. Il n’y avait pas de lumière. On ne pouvait pas rester debout. L’homme, dont mon père n’a jamais su le nom , mais qui pouvait avoir été Milos Werfel, celui qui a été capturé peu après et envoyé à Terezin où il fut tué au printemps suivant, est resté durant neuf jours. “


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– Textes copyright of Harper’s Magazine 2010-11.

– Gravures sur linoleum, photographies,  textes copyright Raymond Verdaguer, 2010.




“Lost in America” – [Perdu en Amerique]

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Une gravure sur linoleum, commande du New York Times Book Review. [La revue des livres] publiée ce dimanche 10 octobre

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The Eden Hunter” – gravure sur linoleum
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“an enslaved Pygmy tribesman seeks his own vision of liberation”. [ un esclave d’une tribue Pygme cherche sa propre vision de liberation ]

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" Lost in America" New York Times Book Review's page

Texte en anglais:

“The Eden Hunter ” a book of Skip Horack reviewed by Sven Birkerts.

“He also scratches a dugout canoe from the trunk of a fallen cypress in the nearby forest, biding his time. And then, when he prepares to flee, the boy tries to hold him back. The two struggle, and there is an accident with a hay hook. Kau has killed his only friend. Now there is no going back.

Kau is not a man given to brooding, though he is afflicted by both conscience and longing, by painful memories and dreams about the boy he has killed. He also feels a strong visceral pull from the world he left behind, from his dead wife and children back in Africa.

Horack, the author of a well-received story collection, “The Southern Cross,” writes luminous, clean prose, holding the fantastically beautiful wilderness steadily in front of us, but also describing a scalping or evisceration with a matter-of-fact directness that reminds us how the terms of that world were negotiated and understood. He has a poet’s tuned attentiveness, but never uses his sentences to preen. “

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Photographies d’executions: taille et impression.

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The Eden Hunter - tirage a l'aide de la presse
The Eden Hunter - taille du linoleum
The Eden Hunter -taille du linoleum - etape finale

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– Textes copyright of The New York Times 2010.

– Gravures sur linoleum, photographies et textes copyright Raymond Verdaguer, 2010.



Archi & BD – La Ville dessinée

un jour de novembre Vue sur la ville
Frederic Mitterrand, Ministre de la Culture et de la Communication, Francois de Mazieres, President de la Cité de l’architecture, Francis Rambert, Directeur de l’institut francais d’architecture , ont le plaisir de vous inviter à l’inauguration de l’exposition “Archi & BD, LaVille Dessinée” le mardi 8, 2010 – de 19 h a 23 h
Exposition du 9 juin au 28 novembre, 2010 a la Cité de l’Architecture et du Patrimoine [Architecture and Heritage], 1 place du Trocadéro, Paris 16 e

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exhibition la ville dessinee
exhibition entrance - Cité de l'Architecture et du Patrimoine

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Alain grand maitre d'oeuvre de Vue sur la Ville

Jean-Marc Thévenet le commissaire de l’exposition et son équipe ont invité “Vues sur la Ville” à présenter, à côté des grandes tendances de la bande dessinée française et internationale qui fait l’objet principal de cet événement, un mur d’images de l’ensemble des 240 dessins reproduits dans les 20 calendriers. “Un jour de novembre “, une de mes gravure sur linoleum en fait part

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Copyright Raymond Verdaguer 2010

” Opération Toto “, un commande de trois gravures.

Faisant partie d’une édition speciale sur d’Israël le magazine XXI [ 21] à Paris  me commande trois éstampes pour illustrer un texte révèlant une affaire de traffic de drogue mis en place par le gouvernement israelien durant les années soixante, ceci aurait conduit au succés de la “Guerre des six jour ” [contre l’Egypte ].

'Toto" projet three linoleum blocks

l’Opération « Toto », trois estampes et brefs extraits du texte:

“….Les trafiquants étaient l’autorité. Ils exécutaient une mission secrètement autorisée et sanctionnée par les gouvernements successifs d’Israël. Le but de ce trafic de drogue était de rendre les consommateurs égyptiens « accros » et, par ce biais, d’affaiblir l’armée égyptienne, l’ennemi le plus redoutable d’Israël à l’époque. L’opération « trafic de drogue » était dirigée par l’« Unité 504 ». Cette unité secrète et controversée des services de renseignement militaires israéliens est considérée comme l’une des plus impitoyables de l’ensemble des services de sécurité israéliens.

" les trafiquants", the smugulers , linoleum cut, 3 colors

…Tous les officiers opérant dans cette unité ultra-secrète bénéficiaient déjà de « top security clearances » (« accréditations de sécurité de haut niveau »).Malgré tout, dès lors qu’ils étaient engagés dans l’opération, ils étaient convoqués au bureau du chef de l’unité où ils devaient à nouveau prêter serment, et étaient conviés à signer un accord de classification top-secret. Ce n’est qu’après ces procédures qu’ils étaient autorisés à voir le fameux document secret, et à prendre connaissance de leur mission….Beaucoup d’argent se mis à circuler de main en main. Les pots-de-vin facilitaient le trafic.

"en liquide". cash money, linoleum cut, 3 colors

… les « sélectionnés » furent reçus par les commandants en chef de l’Unité 504 et soumis au secret le plus absolu. Ils acceptèrent leur mission sans connaître son contenu. Leur accord donné, ils durent signer une promesse supplémentaire, inhabituelle, pour maintenir le plus haut niveau de confidentialité. Ce n’est qu’après ce cérémonial qu’ils furent autorisés à lire le contenu de la mission qu’ils venaient d’accepter, et à prendre connaissance de l’opération en cours, ainsi que de ses différents noms de code, à savoir « Toto », « Lahav » et « Tidhar »…Certains tentèrent de revenir sur leur engagement et demandèrent à leurs supérieurs de se libérer de la mission. Ils furent informés qu’une fois les documents signés et approuvés, aucune marche arrière n’était plus possible. Ils n’avaient aucun échappatoire.

" le serment", the oath, linoleum cut, 3 colors

…L’ironie, cinquante après la mis een place de l’opération « Toto », c’est l’effet miroir. Le groupe chiite libanais Hezbollah recrute souvent aujourd’hui ses agents en Israël – dont du personnel militaire – par le biais d’un accord « drogue-contre-information »….Le Hezbollah est ainsi gagnant sur tous les tableaux. Tout en obtenant des renseignements sur les installations militaires en Israël, il affaiblit la société israélienne en la noyant sous la drogue….Ce qui est un reflet strictement conforme au plan échafaudé en 1959 contre les Arabes par le Général Chaim Herzog, chef des services de renseignement militaires, et ses collègues de l’armée.”

Photographies montrant l’impression des estampes.

‘les trafiquants’ the smugglers, linoleum proofing on the printing press
'en liquide' cash money, linoleum bw proofing on the printing press
'le serment' the oath, linoleum proofing on the printing press

Extraits des textes copyright du magazine XXI, Paris, 2010.

Gravures sur linoleum et photohraphies copyright Raymond Verdaguer, 2010.

“Reversing Field”, [terrain inversé], une gravure sur linoleum

“Un examen sur la commercialisation du travail, du sexe, de la race en relation avec la loi du Sports 21ème siècle

Une commande de couverture de livre pour la West Virginia University Press, un livre qui sera publié en automne 2010. Auteurs: André Douglas Pond Cummings and Anne Lofaso.

cover for Reversing Field

Intentions sur la demarche du livre tel que me la presenté dans un corriél André Douglas durant l’élaboration de ma  couverture . Voici des extraits traduit de l’anglais par l’auteur de cette page.

  • «…dans le cadre de la loi et la justice,  faire une déclaration qui manque dans le monde du sport moderne.
  • un livre cru et audacieux qui aborde des questions que la plupart ont peur d’affronter.
  • les questions les plus difficiles auxquelles font face le sport moderne [actuellement] aux États-Unis, tel que le racisme, le sexisme, la commercialisation, l’abus de drogues et les inégalités du travail.
  • retrace historiquement des progrès et propose des solutions pour mettre fin aux injustices qui perdurent dans l’athlétisme professionnel et collégial/universitaire.
  • devenu  populaire, le sport est transformé en machines à gagner de l’argent,
  • les bas-fonds miteux du sport sont souvent délibérément passées sous silence par la plupart des propriétaires [ de clubs sportifs] ainsi que des gens au pouvoir…
  • continuité d’injustice et de discrimination qui notre est insoutenable.
  • ce livre suit l’exemple de John Carlos [ l’athlète qui aux Jeux Olympique de Mexico à brandi son point]
  • expose le cas continue de la discrimination raciale et sexuelle, l’exploitation étudiant-athlète, l’abus de drogues et de l’inégalité dans le travail …
  • les athlètes féminines: éternelles victimes de la  discrimination, y compris les athlètes [qui tombent] enceintes, pas d’opportunitées accordées aux femmes pour progresser dans l’échelon de l’administration sportive
  • le titre met l’accent contre le manque d’ opportunités accordées aux femmes …les athlètes de niveau collégial/universitaire sont exploités par de nouvelles formes de commercialisation qui domine aujourd’hui tous les collèges et les universités, où les étudiants-athlètes sont mâchées et crachés par le système collégial de la «competition de gladiateurs.”
  • la discrimination raciale existe toujours en se qui concerne le choix des entraineurs ,
  • la tentation d’abuser des drogues est énorme dans ce nouvel univers commercialisé des collèges et des sports professionnels.
  • Les questions concernant la réglementation du travail exisitent, mais semblent maintenant favoriser les propriétaires [de clubs sportifs] et les puissants, plutôt que l’athlète.
  • Nous voulons que notre livre soit un défi agressif contre le statu quo qui pretend que “tout va bien” dans les sports professionnels et universitaires. “

Copyright Raymond Verdaguer 2010

Gravures à Vivre, Tradition d’art au service du quotidien.

carton d'invitation pour la conférence 'Gravures à Vivre'

“Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage”

L’art Poétique,   Nicolas Boileau-Despréaux

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Compte rendu sur ma conférence du jeudi 18 Mars 2010 presentée à L’Association Culturelle Francophone de New York; grace au concours de Organisation internationale de la Francophonie auprès des Nations Unies; 801, 2ème Ave à New York. Une Conférence consacrée à la gravure en relief accompagnée de projection.

Quatre femmes nues par Albercht Durer, 1471-1528

Comme chacun le sait [ou du moins le présume] la gravure remonte à une époque lointaine, très difficile à identifier dans le temps. Elle semble issue de la nécessité de communiquer la pensée, le savoir, et de développer une certaine forme d’esthétique. Cependant nous faisons erreur en pensant lui accorder seulement une place fixe dans le grenier poussiéreux du passé. Bien au contraire, elle reste très vivante et présente dans notre univers contemporain.

Il est d’usage bien établi d’associer la gravure en relief au nom de l’illustre artiste du 16ème siècle Albrecht Dürer, considéré comme le plus grand artiste allemand de la Renaissance. Ceci à juste titre car il a porté cette forme d’art à un niveau de qualité unique dans l’histoire de la gravure en relief, tant du point de vue technique [ taille du bois ] qu’esthétique [ la force de sa pensée, notamment à travers son interprétation magistrale des œuvres biblique ou de l’histoire de Jésus Christ]. Dürer nous offre une œuvre difficile à égaler et il l’accompagne d’une facture très personnalisée, au point d’en devenir très intimidante pour toutes ces générations à venir qui voudront s’essayer dans cette même forme d’art. D’une certaine façon on pourrait l’accuser de se l’être, en quelque sorte, malicieusement appropriée; un roi Attila ‘derrière laquelle [la gravure] ne repousse pas ‘… du moins si l’on choisit bien évidement de rester uniquement dans le cadre de la gravure occidentale.

Saint Georges et le dragon par Albercht Durer, 1471-152

Les conséquences de ces ouvrages lointains, ou du moins ceux qui sont parvenus à échapper à la destruction du temps et à gagner la faveur (ou la malédiction) d’être [ re ] découverts et préservés, sont plus profondes qu’on ne veut le reconnaitre. On pourrait les apparenter à des ondes de chocs qui se propagent à l’infini. Leurs répercussions font partie de notre univers quotidien, mais, au demeurant, nous continuons à rester les ‘messieurs’ Jourdain de la gravure car nous “en faisons sans le savoir” [Molière]…  la simple trace de nos pas sur le sable d’une plage, dans la neige, la boue… l’em-print-e de nos chaussures que l’eau solidifie en glace durant un rude hiver va révéler temporairement notre passage et, par la même occasion, la signification même de notre existence…

La gravure en relief ne se limite pas au travail du bois, mais on la retrouve communément dans le travail de la pierre, du métal, du verre, de l’os, de l’ivoire et aussi bien de l’argile, voire de l’art culinaire… La gravure, tout simplement, existe en tant que telle, et n’a pas été toujours conçue pour le seul effet d’être transférée sur un papier [ ces fameuses impressions dénommées estampes ] ou tout autre sorte de support. Sa présence est visible dans les applications les plus variées, qui du reste, ne sont pas nécessairement moins louables. Cela pourrait expliquer pourquoi, très injustement, on convie plus facilement une personne à venir visiter  ’sa collection d’estampes ‘  plutôt que sa collection de plaques de bouches d’égout ; prouvant une fois de plus que le manque d’imagination, tout autant que l’amour, rend aveugle.

gravure sur bois de Lucas Cranach

Graver c’est aussi le désir ( conscient ou non ) de laisser sa trace, ou espérer en laisser une. On retrouve cet indéniable désir à travers l’éclatante volonté de rendre hommage à une personne disparue, mais chère, grâce à l’inscription au burin sur des dalles de marbres datant du 18 ème siècle, besoin viscéral de nous rendre immortels ; ces mêmes dalles qui servent à l’occasion de tables à picnic, pour des étudiants de NYU, ou des touristes japonais penchant pour des nourritures Mac Do. Conçues à l’origine pour faire office de pierres tombales, on peut y lire prénom, nom et date, accompagnée de l’indication ‘vault ‘. Ces plaques éparpillées dans les jardins de St Mark’s Church dans East Village à New York ( au coin de la 10ème rue et la 2ème avenue) ne manquent pas de nous surprendre : 250 ans d’histoire nous regardent,  chiffre étonnant si on le compare à la moyenne de notre espérance de vie!

Un matériau dur (l’acier trempé) entame un matériau tendre (le marbre) ; de cette lutte inégale [à l’image même de notre existence], le matériau le plus ‘faible’ va prévaloir en fin de combat, rayonnant de beauté et d’adresse. A côté de cela, l’outil dur ( dépourvu de grâce ) tombera dans les oubliettes comme l’humain qui à servi d’intermédiaire pour réaliser l’opération … étonnant ?

croix de David et inscriptions dans la pierre sur le trottoir de la 2ème avenue

Presque en face, dans cette même avenue, juste à l’endroit où demeurait le célèbre Second Avenue Deli ( fréquenté entre autres par Yves Montand ), on trouve une série de dalles en pierres grises de forme carrées, gravées en relief, serties de cuivre. Elles sont encastrées dans le mortier du trottoir. Exposées aux intempéries et au piétinement abrasif de milliers de passants, elles présentent le motif d’une série en enfilade de croix de David ; avec des noms inscrit, qui se moquent de la destruction ; si bien que l’on peut très facilement transférer ces motifs et inscriptions en les frottant à l’aide d’une mine de crayon sur une feuille de papier posée au dessus , les rendant de ce fait lisibles. Des conflits de propriétaires ont conduit à la destruction de ce fameux Deli, qui fut remplacé (quelle imagination, quelle novation ! ) par une… banque. Et cependant, pour des raisons inexplicables, le trottoir ainsi que et les pierres gravées ont été elles, par contre, épargnées. Elles ont échappé miraculeusement à la délétère conséquence des conflits des hommes.

Con Edison casted iron plate New York

Cependant la gravure en relief que l’on continue à associer invariablement à la brillance d’un Dürer, à moins que ce ne soit à un échappatoire à notre propre mortalité, peut cependant retrouver sa forme primaire, humble, simple, et [ou] utilitaire souvent qualifiée de banale. Du reste, toujours sur cette même chaussée de la 2ème avenue ; cette fois serties dans le plus sale des goudrons, matière semi gluante chauffée par le soleil sous les effluves nocives des gaz d’échappement, couverte de papiers gras, de pommes écrasées, de vomissures d’ivrognes et d’urine de chiens, des plaques sont là,  qui nous venaient jadis des Indes, plus récemment de Chine et qui malgré leurs irremplaçables vertus de résister aux véhicules les plus lourds, sont considérées comme de vulgaires objets en fonte, sans le moindre intérêt. Elles peuvent être accompagnées d’éléments décoratifs, de logos, et du nom d’une compagnie qui exerce un service lié au fonctionnement vital de la ville [ électricité Con Edison, égouts de New York…] Certaines de ces plaques en fonte ont été conçues d’abord en gravant des bois, puis ont servi de modèles pour exécuter les moules de fonderie  de ces plaques.

Encore plus bas sur la 2ème avenue, on découvre d’autres exemples de gravures en relief : des numéros d’immeubles, des enseignes de commerce, des plaques de médecins, dentistes, avocats, vendeurs de hotdogs, de drap, d’alcool … d’autres plaques numérologiques et marque de voitures..

Auto portrait, gravure sur bois, Kirchner,1926

De manière singulière, une gravure en relief, de notre naissance jusqu’à notre mort, va reste vivante, présente, inscrite dans nos rides et jusqu’au bout de nos doigts. Unique et personnelle, elle nous a été usurpée pour figurer dans des dossiers [ou des bases de données numériques] d’identification pour tous les gouvernements de la planète. Ce sont les fameuses em-print-es digitales…. puisque évidement la terminologie fusse-t-elle juridique, continue à confondre la matrice [dans ce cas le doigt] et sa révélation par l’encre, la feuille de papier, ou le scanner. Cette gravure en relief répond à merveille à l’ ‘emigratus’ pour tout bureau d’identification qui se respecte ; à moins que ce ne soit que la garantie de l’unicité du ‘moi’ afin qu’aucun d’entre nous ne puisse être confondu avec un autre que soi même! De ce fait nous laissons notre trace sur les lieux d’un crime, ou sottement en marchant dans le ciment frais d’un trottoir en réparation ! Dans les deux cas, la gravure [extrémité de nos doigts ou semelles de notre chaussure] diffuse/divulgue/révèle sans faille notre image ou une multitude de nos actions.

Au moment où les créateurs en tout genre sont enclins à s’approprier les plus récentes formes de technologie comme support de leur expression visuelle, pourquoi s’obstiner à vouloir avoir recours à cette technique «  ancienne » ? Le principe de la gravure, lui, n’a pas vieilli. Certes et malheureusement il nous faut constater que tout ce qui s’apparente à l’idée du mot ‘vieillissement’ reste tabou et banni par nos contemporains [ du monde occidental ] qui refusent de recevoir des enseignements issus de l’épreuve du temps. Ils préfèrent se laisser bercer par la propagande journalière et se brancher sur leur dernier i-pod qui promet d’imiter un semblant de visuel en 3 dimensions, entre autres à travers des formes de lettres remontant à Gutenberg, lettres devenues pastiches de nombreux tatouages ‘moderne’. Nous sommes sans cesse invités à nous droguer de ‘tendances’ visuelles, de ‘nouveautés’ technologiques ; le tape à l’œil l’emporte sur la ‘culture voltairienne de notre jardin’. Nous sommes tenus de respecter ce devoir quasiment civique: abreuvons nous au seul sein du divertissement léger, garantie échappatoire à nos misères journalières, à nos frustrations devenues chroniques.

  • En premier lieu, rarissimes, en effet, sont ceux qui ont pu examiner ‘une’ des gravure de Durer [ plaque de bois gravée et jalousement gardée dans le coffre d’un musée].
  • En deuxième lieu, plus nombreux, par contre, sont ceux qui on pu voir les estampes originales imprimées à partir de ses bois gravés.
  • En troisième lieu, bien plus nombreux encore sont ceux qui on eu la possibilitée de decouvrir des reproductions de ses estampes [dans des revues, catalogues, cartes postales, affiches…]
  • En quatrième lieu, pour une audience quasi illimitée, à travers la toile et le support d’un écran d’ordinateur, téléphone portable… etc!
  • Le cinquième lieu est pour demain… je vous rassure.

Certes la gravure en relief demande une certaine rigueur d’exécution, une qualité qui n’est pas négligeable du reste, pour compenser les images qui font  appel aux inlassables moqueries, dérisions, caricatures faciles et abêtissantes qui invitent de plus à une qualité médiocre, preuves d’un travail bâclé, d’un métier négligé ou tout simplement absent. Leurs farces grossières, qui n’a rien à proposer si ce n’est de nous enliser plus profondément dans notre propre abime, cette imbécilité imagée ‘qui sent le mauvais vin’ [jacques Brel] qui crée inlassablement des personnages à grosses tètes, à gros yeux “mignons” [ pastiches de Poulbot, même les Japonais s’y sont mis ! ] aux nez et oreilles démesurés, font partie du plat du jour de l’environnement visuel auquel nous sommes quotidiennement soumis.

Nos activités humaines pourraient bien s’accommoder de quelques ‘graveurs sans frontières’ afin d’opérer non pas la re-dorure du blason des arts, mais venir au secours d’un art malade et traiter le patient de manière digne. Surtout lorsque l’on évoque les épineux problèmes qui nous impliquent de manière fondamentale, tels que la guerre, la pauvreté, la maladie, le désarroi… On peut de toute évidence continuer à dessiner ‘une tète à claques’ pour éviter de représenter la compassion ou l’amour. Après tout, on à longtemps gavé la foule de cette ville de gros cœurs rouges saignants accompagnés des initiales “I” et “NY” sur fonds plastiques blancs qui finissent par venir flotter sur la rivière!  Preuve ultime irréfutable d’amour pour cette ville… Il n’est pas étonnant que le public considère les artistes comme des inutiles, des bons à rien, des parasites, il va en demeurer ainsi jusqu’au jour où les artistes vont ‘… retrouver l’amour et la fraternité .’ [ chanson de Serge Reggiani ] .

Guerre en Irak, gravure sur linoleum par RV,parue en double page dans le Sunday New York Times, mars 2008

Si l’on exigeait d’un ‘artiste’ les mêmes qualités et la même intégrité que celles demandées à un artisan boulanger confectionnant un ‘humble’ pain, peut-être pourrait-on reconsidérer l’art dans sa fonction première de nourriture de l’âme et l’artiste regagnerait sa fonction première d’artisan . Car “l’homme ne peut se nourrir uniquement que de pain”. [proverbe populaire espagnol]

Dans la tourmente d’un monde contemporain déstabilisateur, amant du ‘vite fait’, je n’ai pu trouver secours que dans un outillage abandonné mais solide ayant fait les preuves du temps. Ceci afin d’espère dominer ma fougue, m’éloigner d’une spirale destructive, faire de mon métier une vocation, et enfin tendre vers un sens de la mesure et de l’équilibre… au demeurant j’en suis encore à creuser mon bien humble sillon.

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C’est avec une grande gratitude que je remercie l’Association Culturelle Francophone de New York, les membres du comité ainsi que les invités présents pour leur aimable accueil ainsi que pour m’avoir donne l’opportunité d’animer dans la langue de Molière une conférence consacrée au thème de la gravure en relief. Je remercie par la même occasion l’Organisation Internationale de la Francophonie pour sa très généreuse contribution.

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Pierre Baqué qui demeure à Paris a très généreusement  contribué à l’édtition de mon compte rendu et il l’a également independement publié le 9 avril à Paris, je le remercie pour son aimable soutient, voici une partie de son introduction:

“Elle traite de la gravure
immémoriale technique
support de l’activité de Raymond
qui le conduit à s’exprimer dans les plus grands journaux américains

Redoutable technique aussi
qui force à tenir compte, irrémédiablement, de tous les faux pas du passé
des gestes accomplis
erreurs souvent,
et ne parvient à construire son dessein
qu’en ajoutant de nouvelles maladresses
aux maladresses initiales

Pour Raymond, en outre, elle dévoile sa sensibilité, sa révolte
désordonnée certes,
(mais qui de nous peut dire mieux ?)
et son exigence

Lisez ce qu’il lit dans les gravures des trottoirs
sous les vomissures des no man’s land de la ville
ou sous les déchets de Big Mac laissés sur les pierres tombales du passé
ou dans les fanions absurdes qui feignent d’aimer New York
ou au bout des doigts de chaque homme
polycopiés dans les dossiers des administrations
pour le meilleur souvent
mais potentiellement
c’est à dire presque sûrement
pour le pire “


les nations obscures

les nations obscures

Cette couverture de livre: une commande d’écosociété  [création 2009,publication 2010], Montréal, Québéc, Canada. Les Nations Obscures est la première traduction en français du livre ‘The Darker Nations’ de l’écrivain indo-americain Vijay Parshad .

Cette couverture a été selectionnee par le jury de Annual Exhibition 52, Society of Illustrators, Museum of Illustration; l’oeuvre originale [gravure sur linoleum ] sera exposée  du 27 janvier au 20 février 2010 à New York.